Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par Daniel MURGUI-TOMAS

Gestion des questions pièges : Anne Hidalgo 0, Valérie Pécresse 10/10

Oui, il est possible de ne pas répondre à une question lors d'une interview. C'est ce que j'explique à longueur d'année durant mes formations en media training. Prenez par exemple l'entretien qu'Anne Hidalgo vient d'accorder au magazine Closer. C'est un cas d'école. Interrogée sur sa différence d'âge (7 ans) avec son mari Jean-Marc Germain et un possible effet "cougar", la maire de Paris a déclaré : "Ah non je ne me sens pas cougar". Avant d'ajouter : "Contrairement à d'autres, je n'aurai jamais pu tomber amoureuse d'un adolescent". Vous imaginez la polémique qui a suivi. Une double erreur de débutante qui mérite un zéro pointé. D'abord pour la reprise du mot piège cougar. Puis, bien sûr, pour la phrase de trop, qui va créer un buzz totalement contre-productif.


Il y avait pourtant bien des façons de gérer cette question. D'abord en faisant preuve de distance, voire de discernement. Quel est l'intérêt d'y répondre dans le cadre de la course à l'Elysée ? La candidate PS à la présidentielle pouvait décliner poliment, puis recentrer ses propos sur l'un des thèmes de sa campagne. Plusieurs clés étaient à sa disposition pour cela. Dont certaines popularisées par François Mitterrand. Il s'agit de ce que nous appelons dans le métier les détournements dialectiques. L'ancien premier secrétaire du Parti Socialiste aimait leur effet boomerang sur les journalistes. Il continua d'en user une fois président. Parmi les plus appropriés ici je citerai : "Pourquoi me posez-vous cette question ?", "J'ai l'impression qu'il y a un sens caché à votre question".


Et ne me dites pas que c'est parce qu'elle est une femme qu'Anne Hidalgo a manqué de répondant. Victime du principe de l'entonnoir (le journaliste attend la fin de l'interview pour vous poser une question piège), son adversaire Valérie Pécresse s'en est sortie haut la main en direct ce 19 mars sur Radio J. Invitée de l'émission Les enfants de la République, la présidente de la région Île-de-France a fini par lancer à Frédéric Haziza qui lui demandait avec insistance si elle accepterait d'être Premier ministre d'Emmanuel Macron : "Vous ne pouvez pas poser quatre fois la même question et avoir quatre fois la même réponse" (la séquence est à retrouver sur YouTube à 33.50). Voila qui vaut bien un 10/10. Il n'est pas certain que cette note relève une moyenne générale plutôt médiocre à l'oral. Elle prouve au moins que les femmes politiques peuvent faire aussi bien que leurs collègues masculins face à la presse. La règle du je(u) est la même pour tous dans les médias. Ce qui au fond n'est pas si mâle.

Article publié initialement sur Linkedln dans la newsletter Des Mots qui Touchent

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article