Publié le 17 Septembre 2007

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Hier soir, Frédéric Taddéi nous proposait un magazine de rentrée jubilatoire. Pour ouvrir la deuxième saison de "Ce soir ou jamais", étaient entre autre présents sur le plateau Régis Debray, Dominique de Villepin,  Michel Winock, François-Bernard Huyghe..., avec pour thème de débat : "Qu'est-ce qu'un chef ?" A ce propos, si chacun était venu parler de sa dernière publication, tous furent conduits à un moment donné de l'émission à évoquer de près ou de loin l'actuel chef de l'Etat. Qu'il s'agisse de réfléchir à l'image que doit véhiculer un président de la République ou de déplorer la peopolisation de la classe politique, le nom de Nicolas Sarkosy finissait toujours par être sur toutes les lèvres.  Reste que le principal intérêt de ce magazine pour le média traineur que je suis était ailleurs. Voir ces deux bêtes de scène que sont Régis Debray et Dominique de Villepin  parler avec passion tout en gardant raison, quelle belle leçon. Et leur prestation de me conforter dans l'idée que le concept de communic'acteur  n'est pas un vain mot. Développé lors de mes interventions au CELSA, ce néologisme  synthétise toutes les qualités qu'un homme (ou une femme) se doit d'avoir pour captiver le public et faire passer son message : naturel, crédibilité, adresse au téléspectateur, force de conviction. Des atouts, spontanés chez les uns, mais qui peuvent également s'acquérir dans le cadre de séances de médiatraining. Or, l'ex conseiller de François Mitterrand, tout comme le dernier premier ministre de Jacques Chirac, sont depuis longtemps passés maîtres dans l'usage des outils dialectiques. J'en veux pour preuve leurs propos imagés et l'usage éclairé (et éclairant) qu'ils font de l'anecdote. Quoi que... En y regardant de plus près, celle rapportée par Dominique de Villepin à propos de la visite de Marlon Brando à l'Elysée est assez révélatrice. Regretter que l'interprète du Parrain soit au yeux d'un huissier, plus important que tous les leaders politiques reçus jusque là, en dit long sur l'illusion narcissique de ceux qui nous gouvernent. Passer chaque soir au JT ne fait pas d'un élu une star. Un communic'acteur ne sera jamais un acteur. Même s'il "fait son cinéma" à la télévision. Tout juste arrive t'il parfois à se mettre en scène. Don Corleone lui, est un personnage imaginaire. Croiser celui qui l'a incarné à l'écran "pour de vrai" c'est prolonger le rêve et, l'espace d'un instant, confondre la réalité avec la fiction. Soit tout le contraire de la politique.

 

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Rédigé par DMT

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Publié le 24 Août 2007

C'est le privilège d'être intervenant au CELSA. La lecture d'un mémoire d'étudiant  avant sa soutenance à l'oral, recèle parfois de véritables pépites. Et aujourd'hui c'est jour de chance. Grâce aux travaux de Dylan Calvès, inscrit en Master 1 de Communication des Médias et Médiatisation, je découvre que Serge Daney est l'auteur de cette phrase magique : "Ce n'est pas le monde qui se convertit en images, c'est l'imaginaire qui se convertit en monde". Rien ne saurait mieux conforter ma conception  de l'I-maginaire en télévision. C'est en effet cette notion d'imaginaire collectif, induit par l'omniprésence du petit écran et d''Internet dans notre vie, qui m'a conduit à choisir le nom de La Boîte aux images pour mes activités de média traineur.  Selon Dylan Calvès, qui travaille sur la Télégénie du cadavre, si regarder la télévision c'est donner du sens à des images qui surprennent notre imaginaire, c'est surtout voir des images et non ce dont elles parlent. Soit. Mais en média training ce sont les images qui ont la parole. Ce sont elles qui font trace. Se faire entendre du plus grand nombre demande de parler avec les mêmes mots, de faire référence au même monde que ceux à qui l'on s'adresse. Quitte, pour celui qui veut convaincre en utilisant le parler imagé, à adopter la stratégie de Saint François-Xavier évangélisant les Indes ; entrer par leur fenêtre pour mieux les faire ressortir par sa propre porte...

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Rédigé par DMT

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Publié le 15 Août 2007

Un médiatraining est bien souvent une répétition de dernière minute, avant une conférence de presse ou une interview radio/TV. Son objectif est d'apprendre à placer un message de façon claire et concise. Il permet également de se familiariser avec l'univers d'un studio : éclairages, micros, caméras... L'intervention d'un journaliste extérieur est souvent une bonne occasion de lister des questions auxquelles l'entreprise ne pensait peut-être pas.Le média coaching relève plus d'un travail de fond sur le savoir être. Lorsque nous avons à coacher un animateur télé par exemple, nous n'avons pas à lui expliquer le fonctionnement d'un plateau TV. Il connaît déjà. Par contre, nous allons travailler avec lui son "naturel" à l'antenne, le placement de sa voix, sa manière de bouger, sa capacité à fidéliser les téléspectateurs. L'approche est la même avec un chef d'entreprise ou un homme politique. Un média coaching permet de trouver le "ton" juste en toutes circonstances. Face à une caméra, lors d'une prise de parole en public, en réunion... Pour cela, il est très important de bâtir un programme d'entraînement portant sur le développement de la créativité, les capacités de concentration, la gestion du stress. Tout ce qui, en fait, permet d'acquérir des réflexes durables.

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Rédigé par DMT

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Publié le 17 Juin 2007

C'est bien connu, qui dit élection d'un nouveau président de la république, dit nouveau portrait officiel du chef de l'Etat.  Le moins qu'on puisse dire, c'est que celui de Nicolas Sarkozy ne laisse pas indifférent. Et la blogosphère de bruisser de divers commentaires consacrés à deux drapeaux trops grands, à une couleur de cheveux qui vire au roux, à un blason de livre qui donne au vainqueur du 2ième tour, une oreille à la Bayrou... 

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Il est vrai que l'image est riche en enseignements. Par exemple, sur un thème aussi sarkosien que celui de "la rupture", le nouveau président ne se démarque guère des précédents hôtes de l'Elysée sous la 5 ième république. S'il rompt avec la photo d'un Jacques Chirac posant en plein air (ma préférée pour le côté nature et convivial), il renoue avec le cliché du président de plein exercice (Charles de Gaulle puis Georges Pompidou), photographié de pied dans la bibliothèque Elyséenne. L'homme de pouvoir gagnerait il à apparaître en homme de savoir ? A noter que tous deux  prennent un très léger appui de la main sur la table. Ce qui n'est pas vraiment (selon les critères du média coaching) un signe d'autorité naturelle, mais plutôt une amusante illustration du mimétisme transgénérationnel en politique. Seul François Mitterrand est photographié en lecteur, un vélin de Montaigne à la main.  Ce sera bien un des rares livres qui aura été ouvert dans cette pièce. Car à en juger par les photographies ci-dessous  (diffusées  sur ouinon.net),  les rayonnages ne semblent guère avoir été bousculés au fil des présidences.
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Car c'est bien le même même ouvrage au blason doré, (situé à la droite de l'oreille de Nicolas Sarkozy sur son portrait officiel), que nous retrouvons sur ces deux documents. Rangé exactement au même endroit. De quoi confirmer la rumeur selon laquelle le photographe Philippe Warrin aurait eu un minimun de temps pour s'exécuter (seulement 20 minutes selon ses
dires) et surtout, se serait retrouvé sans la présence d'aucun conseiller élyséen pour veiller au grain. Pourtant, tout chargé de communication sait que chaque détail compte lors d'un reportage photo ou télé et qu'il peut laisser une trace durable dans l'esprit du public. Et lorsque le mal est fait, il est aujourd'hui pratiquement impossible pour un dirigeant de faire procéder à des retouches photographiques sans que la toile ne s'en fasse quasi instantanément l'écho. Reste qu'une image en fait oublier une autre. Fort de ce principe, Nicolas Sarkozy donne  l'impression de vouloir effacer un portait officiel jaunie avant l'heure pour cause de bronzage trop voyant (au lendemain d'un WE à Brégançon) par une hyper exposition médiatique. Hélas pour lui, tous ses efforts ne pourront empêcher que nous en retrouvions la reproduction dans 5 ans, tronant au dessus des isoloirs de chaque mairie où nous nous rendrons pour voter... Au fait, pour tous ceux qui ne croient pas au transgénérationnel en politique, mais qui se demandent à qui peut bien leur rappeler Nicolas Sarkozy posant debout, le bras gauche le long du corps et la main légèrement crispée, cliquez ici.

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Rédigé par DMT

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Publié le 3 Mai 2007

"Daniel, en tant que spécialiste, que penses-tu du débat d'hier soir ?" Dès mon arrivée au bureau ce matin, la question n'a cessé de m'être posée. A chaque fois c'est le citoyen plus que le media traineur qui a répondu. En terme de niveau, j’ai trouvé la prestation des deux compétiteurs sans grande hauteur de vue. Aucun ne m’a  vraiment fait vibrer. Pour parodier Laurent Joffrin à propos du discours de politique générale de dominique de Villeppin , je m'attendais à un certain souffle et j'ai trouvé deux brasseurs de vent. Tous les deux ont surtout joué des vieilles ficelles enseignées en média training : défocalisation (passer du critère technique au critère affectif avec, pour elle, l'exemple du papa chômeur qui part le matin en laissant croire à ses enfants qu’il travaille toujours. Pour lui, celui de l'homme de 63 ans atteint de la maladie d’Alzheimer et dont la vie bascule), argument d'autorité (notation du projet économique du PS par l'institut Rexecode pour lui, notation du volet environnemental du programme UMP par le collectif d'associations indépendantes pour elle), effet de liste, etc. Certes, chacun a gagné sur lui-même. Nicolas Sarkozy, parce qu’il a réussit à conserver son ton calme et rassurant d’arracheur de dent tout au long du débat. De plus, il a réussit à se maîtriser corporellement et verbalement, ce qui lui donne un net avantage dans ce duel télévisé. Pondéré tout de même par les piques, aux limites parfois du coup bas, dont il ponctua ses réponses. Ségolène Royal, quand à elle, s’est montrée pugnace même dans des moments où elle était approximative dans ses explications. Son démarrage fut néanmoins laborieux. Le nez dans ses notes pour citer les statistiques d’Emmaüs, elle me faisait penser à ces élèves appliqués que j'ai pu observer lorsqu'ils passent leur grand oral. Et sa posture agressive de mauvais alois. Car en télévision, celle-ci se retourne toujours contre celui (ou celle) qui en use. En somme, un grand numéro de communic’acteurs de la part des deux candidats où certains auto contacts sur le visage et sorties de langue donnaient, pour qui sait les décrypter,  de précieux renseignements sur la sincérité de leurs propos. Malgré tout, le débat relevait plus de l'accession à la tête d’une principauté qu’à la présidence d’une grande puissance mondiale. Il faut dire qu’en France, le Président de la République est aussi co-prince d'Andorre... 

 

 

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Rédigé par DMT

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Publié le 24 Mars 2007

Profil modeste, discours rassembleur, ton juste. Salle Gavot, au soir du 1er tour, Nicolas Sarkozy s'est révélé une fois de plus excellent communic'acteur. Habile aussi. Fort de son bon score, l'ancien ministre de l'Intérieur a été le premier à  réagir à une heure où la plupart des français étaient  rivés devant leur poste de télévision. Moins performante et beaucoup plus tardive fut la déclaration de Ségolène Royal. Les traits tirés, la voix terne, les bras sans aucun mouvement ou presque, la candidate PS faisait en comparaison pâle figure. Au delà des analyses politiques qui ne sont pas de ma compétence : siphonage des voix du front national par le candidat UMP et vote utile à gauche, je constate que c'est le plus "beau parleur" de tous les prétendants à l'Elysée qui est arrivé en tête dimanche 22 avril. Tour à tour hâbleur, séducteur, tribun, confident..., durant cette campagne Nicolas Sarkozy aura usé de tous les registres vocaux pour se faire entendre de chaque français. A contrario, de meetings en émissions radio TV, la députée des Deux-Sèvres a conservé le même phrasé monocorde,  ponctué de rires gutturaux lorsqu'elle doit gérer des situations embarrassantes. Selon Roger Ailes, pape outre atlantique du média training, avec notre intonation, c'est l'intention qui passe. Ségolène Royal doit absolument témoigner d'une réelle variation prosodique si elle veut  toucher le plus grand nombre d'électeurs. Plus qu'un rdv avec le peuple, c'est un rdv avec elle-même qui attend la candidate.

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Publié le 9 Mars 2007

Je ne sais pas vous, mais moi, Nicolas Sarkozy plus il passe à la télé, plus il me fait penser à un vendeur de canapé payé à la commission. Ce genre de commercial qui, fort de son bagou, est capable de vous faire prendre un nouveau crédit sur 5 ans, alors que vous n'avez pas encore terminé de payer les traites de votre ancien salon en cuir. Avec lui, une émission politique c'est toujours "Leurre de vérité". Nicolas Sarkozy a le génie de transformer la moindre contradiction en opportunité de placer ses messages. Surtout lorsque ses contradicteurs font partie d'un panel de téléspectateurs. Hier soir, chez Arlette Chabot, c'était même du grand art. Un sous traitant d'Airbus qui l'interpelle et le ministre candidat répond sur son action passée en faveur d'Altshom. Une proviseur l'interroge sur le nombre de fonctionnaires qu'il veut réduire et le champion des sondages affirme que les enseignants doivent êtres mieux payés. Vous me direz, le principe même de ce type d'émissions est une mascarade. Quel que soit l'invité, les questions du public ne sont que des éléments de mise en scène. Les communic'acteurs politiques sont d'abord là pour se vendre. Nicolas Sarkozy excelle dans ce domaine  lui qui, pareil à Cicéron, réfléchit toujours en stratège mais n'oublie jamais de répondre en homme du peuple.

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Rédigé par DMT

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Publié le 4 Mars 2007

Les passages récents de Nicolas Sarkozy au Grand Journal et de François Bayrou dans Envoyé Spécial, nous ont donné à voir deux visages bien différents de ce qu'on peut appeler la  "sincérité en télévision". Annoncé gagnant dans tous les sondages au 1er tour des présidentielles, le ministre de l'Intérieur  était mercredi chez Michel Denisot un peu comme chez lui. Il faut dire qu'hormis quelques chroniqueurs poil à gratter, l'émission tenait plus d'un publi-reportage politique à la Michel Drucker   que d'une véritable mise sur le grill. Le portrait qu'a consacré France 2 au président de l'UDF a l'avantage d'avoir été réalisé en situations. Durant plusieurs semaines François Bayrou s'est laissé filmer et interroger, notamment chez lui dans le Béarn. Deux façons différentes de s'adresser aux français avec, à chaque fois, le souci de témoigner d'un authentique accent de vérité. Qui l'était vraiment le plus ? Nicolas Sarkozy choisissant d'évoquer le film  «Sam, i am Sam», l'histoire d'un père qui lutte pour conserver le droit d'élever seul son enfant trisomique, avec Sean Penn et Michele Pfeifer ? Ou François Bayrou revenant sur son bégaiement de jeunesse qu'il réussit à surmonter grâce à un professeur de théâtre.  "Ce qui touche le coeur marque la raison" écrivait Voltaire. Il semble que les deux candidats de droite l'aient bien compris. Reste à savoir ce qui, dans le secret de l'isoloir, reviendra en mémoire aux électeurs qui hésiteront entre leurs deux bulletins de vote. Est-ce le ton décidé mais parfois haché de François Bayrou, reliquat d'un handicap aujourd'hui dépassé, ou l'émotion de Nicolas Sarkozy avouant, tête baissée, que l'enfance ne l'a pas rendu heureux, car il ne s’y sentait pas

libre ?

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Rédigé par DMT

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Publié le 19 Février 2007

23h, après le grand oral de rattrapage de Ségolène Royal sur TF1, je zappe sur Mots croisés. Dupont-Aignan, Arlette Laguiller, Jean-Claude Gayssot,  Paul-Marie Couteaux, Yves Cochet..., la 2 a fait le plein en communic'acteurs de talents. Yves Calvi de son côté ne déshonore pas le service public. Ses interventions sont sobres, ses relances pertinentes, ses questions sans concessions. Coté terroir, l'accent biterrois de JC Gayssot fait merveille. Dommage que sa montre, rutilante sous les projecteurs, lui donne des faux airs de riche propriétaire. Petite erreur d'image qui me rappelle celle de Bernard Kouchner en Somalie, un sac de riz sur l'épaule, une montre de grand prix au poignet. Plan d'illustration sur Yves Cochet. Aussi joyeux qu'un pasteur mormon, l'ex compagnon (dans tous les sens du terme) de Dominique Voynet fait perdre un point à sa candidate à chacune de ses interventions. Paul-Marie Couteaux joue les profs érudits. Mais où de Villiers fait il son casting? Plus vieille France que PMC tu meurs. Dommage, l'homme est habile, cultivé, bon orateur mais d'un autre siècle. En total décalage avec le discours de la rue. Seule Arlette Laguiller donne le sentiment de vivre ce qu'elle dit. Sa voix est aussi  émue qu'en 74, ses mains aussi parlantes. Il faut dire que les inégalités qu'elle dénonçait il y a un peu plus de 30 ans n'ont fait que s'accroitre. Le temps de réchauffer un plat au micro-onde et je reprends en cours de route le journal de la nuit. Reportage sur les tentes de SDF du canal St Martin et le ras le bol des riverains. Catherine Vautrin, ministre déléguée à la Cohésion sociale et à la Parité, est interviewée de nuit sur un trottoir chic parisien. Erreur d'image là encore. Pourquoi donc n'a t'elle pas accordée son interview en situation? C'était depuis l'un de ces centres d'hébergement qu'elle co-finance et qui font tant défaut qu'il fallait réagir. Décidemment, les leçons de la canicule avec un Jean-François Mattei totalement décalé, répondant à la presse en polo dans son jardin, n'ont pas été retenues.

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Rédigé par DMT

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Publié le 31 Janvier 2007

Pèlerin, l’hebdomadaire chrétien français le plus lu ( 1 250 000 lecteurs), vient de changer de formule. Objectif augmenter ses ventes tout en réaffirmant son identité de magazine "d'actualité, catholique et familial". Interview express de son Directeur de la rédaction, René POUJOL.

 

Une nouvelle formule c’est toujours un pari pour un journal. Quel est celui que vous faites pour Pèlerin ?
RP : Il s’agit pour nous d’imposer ce magazine comme le porte parole légitime d’une sensibilité au sein de la société française : celle d’un christianisme ouvert à la modernité, au dialogue et au débat de société et, ce faisant, gommer l’image un peu « passéiste » et traditionnelle de notre hebdo.

 

Vous avez été l’un des premiers à sortir un numéro spécial « Abbé Pierre ». Son décès est-il une  « bénédiction » pour vos ventes ?
C’est encore pire que vous le dites : nous avons sorti, dès le 23 janvier, c’est-à-dire le lendemain de sa mort, le numéro de la semaine contenant 30 pages sur l’Abbé Pierre et dès le lendemain un Hors Série de 100 pages. Nous avons récidivé en deuxième semaine en mettant en vente dès le lundi 29, (au lieu du jeudi 1e octobre) le numéro des funérailles avec 20 nouvelles pages. A chacun son expertise ! Comme directeur de la rédaction, connaissant personnellement l’Abbé Pierre depuis plus de 25 ans, j’ai la prétention d’affirmer que nous avons sans doute publié là parmi les meilleurs papiers consacrés à l’événement. L’idée que ce professionnalisme nous rapporte aussi de l’argent ne me gène nullement. D’autres s’en font plus avec moins de scrupules !

 

La nouvelle formule de Pèlerin a entraîné la suppression de votre carnet de bord intitulé « ma semaine ». Cette rubrique était très appréciée des lecteurs. Le choix fut-il cornélien ?
RP : Vous savez, nul n’est indispensable, à commencer par une chronique du directeur de la rédaction. Cette rubrique figurait, en effet, parmi les plus lues du magazine. Certains lecteurs disaient commencer par là ! J’observe que je ne croule pas sous les lettres de protestation. J’en conclue que ce que nous leur offrons, en échange, dans cette formulé renouvelée leur semble au moins aussi intéressant… ce qui était, somme toute, le but de l’opération.

 

L’une des précédentes signatures de votre magazine était une véritable profession de foi du journalisme « Pèlerin magazine, tout ce qui vous touche ». Comment réussissez-vous à toucher chaque semaine chacun de vos 1 250 000 lecteurs ?
RP : Plutôt que de vous répondre sur ce qui fut, en effet, notre « signature » après bien d’autres je préfère m’arrêter un instant sur la nouvelle base line : « L’hebdo du quotidien ». Au-delà du jeu de mot, il faut y lire le projet d’une rédaction de rejoindre ses lecteurs non pas dans leur vie quotidienne, mais dans tout ce qui, dans l’actualité, a des conséquences directes ou indirectes sur leur quotidien. Nos lecteurs attendent de nous que nous leur rendions le monde compréhensible. C’est à dire aussi bien la mondialisation et ses conséquences sur l’emploi, que les OGM et leur impact sur l’alimentation, l’évolution de la société française et son influence sur la législation ou les structures familiales… Il ne vous échappera pas que de l’une à l’autre, ces deux signatures disent en gros la même chose sauf que la première est de nature plus affective, l’autre plus rationnelle. Peut-être est-ce là le « passage » de l’une à l’autre formule, sans renoncer en rien à la proximité que nous avons avec nos lecteurs.

 

Justement, vos lecteurs ont été largement associés à la définition de votre nouvelle formule. Et vos journalistes ?
RP : Y a-t-il là une double question ou une affirmation et une interrogation ? En ce qui concerne nos lecteurs ils ont été associés indirectement puis directement à notre réflexion. Nous les connaissons bien. De plus nombre d’enquêtes et d’études nous ont servi, en amont, à mieux préciser notre projet. Dans une phase finale, en fait à trois mois de l’échéance de la nouvelle formule, nous avons lancé dans le magazine un questionnaire auquel ont répondu 2 500 lecteurs, ce qui est considérable. Cette enquête nous a permis de vérifier que nos intuitions étaient les bonnes. Il n’y a qu’un seul domaine où la requête de nos lecteurs allait en fait plus loin que ce que nous imaginions : leur souhait de voir notre magazine faire une plus large place aux jeunes. Leur plus profond désir est en effet de voir leurs enfants adhérer aux valeurs qui sont les leurs et qu’ils retrouvent exprimées dans notre magazine.
Pour ce qui est des journalistes, nous avons fait le choix, dès le départ, de les associer très étroitement à ce travail de « re fondation ». C’est pourquoi le processus s’est étalé sur 20 mois. Dès l’automne 2005 l’ensemble des journalistes s’est investi dans huit ateliers volontairement transversaux : le « récit » dans Pèlerin, le débat, masculin/féminin, le visuel dans le magazine, famille et épanouissement personnel, du loisirs à la culture et de la culture aux loisirs… Le résultat de ce travail a été d’un apport très riche pour la suite du processus. Dès février 2006 c’est également une petite équipe de huit journalistes (rédacteurs, maquettistes, Secrétaires de rédaction, directeur artistique) qui s’est mis au vert pour réaliser un numéro zéro… On peut donc affirmer que tout au long de notre réflexion l’équipe a été partie prenante. C’était d’autant plus nécessaire que la mise en place de cette nouvelle formule nous a conduits à réorganiser la rédaction. Sur 50 personnes, 20 ont changé d’affectation. Aujourd’hui nous pouvons nous appuyer sur un vrai consensus et une vraie mobilisation.

 

Internet révolutionne l’économie de la presse. Et les pratiques des rédactions de suivre. La prochaine formule de Pèlerin sera-t-elle encore papier ou numérique ?
Je crois que l’erreur serait d’imaginer que le numérique va faire disparaître le papier ou qu’à l’inverse le papier va survivre, sans autre ajustement, au numérique. Des besoins nouveaux se font jour, notamment parmi un public jeune, qui peuvent trouver leur traduction immédiate et satisfaisante à travers le numérique. Lorsqu’on pilote un beau navire de 134 ans, ce qui est mon cas, avec des passagers fidèles il est illusoire de s’imaginer qu’ils vont débarquer du jour au lendemain pour monter à bord d’un engin spatial. Depuis trois ans nous créons des liens chaque jour plus renforcés entre notre hebdomadaire et son site, enrichi de compléments rédactionnels, d’images vidéo et d’espaces de dialogue nombreux. Nous continuerons. Ce que nous avons fait, ces dernières semaines, autour de la disparition de l’Abbé Pierre, en partenariat avec RTL notamment, montre bien la réactivité de notre public à de telles initiatives. Sans doute ne serai-je pas là pour mettre en place la prochaine « nouvelle formule » du magazine. J’imagine qu’elle ira plus loin encore dans la complémentarité que j’évoque. Un seul exemple : Pèlerin continue de proposer à ses lecteurs, sur une double page les programmes quotidiens des grandes chaînes de télévision. Parce qu’aujourd’hui encore un tiers de nos lecteurs n’ont pas d’autre programme… On peut imaginer, à une échéance qu’il m’est impossible de déterminer, que nous ne proposions plus, dans le magazine papier, que des sélections et des préconisations et que nous renvoyions, pour la « ligne programme » à notre site internet, ce que nous faisons d’ailleurs déjà et qui marche très bien. Pour le reste, l’essentiel est que la communication de Pèlerin, dans son originalité, soit préservée. C’est cela le souhait de l’éditeur Bayard. Que demain elle passe par tel support de communication plutôt que tel autre est, au fond, sans importance. Sauf qu’il faut se préparer à toutes les mutations, pour ne pas rater le coche !

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Rédigé par DMT

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