Prise de parole dans les médias : nos gestes et nos mimiques parlent pour nous

Publié le 26 Avril 2010

En télévision, le langage non verbal fait office de sous-titre pour nos paroles. Il attire l'attention, crée une bonne ou mauvaise impression, contribue à l'impact d'une prestation. Et très vite, au delà de l'effet produit, se pose la question de la signification des gestes et des mimiques. L'interprétation sauvage étant alors monnaie courante. Prenez la présente vidéo. Nous y voyons le président de la République en conférence de presse, répondre à une journaliste. Rien que du quotidien me direz-vous. Pourtant, le fait qu'il soit interrogé sur des propos tenus par sa Secrétaire d'Etat chargée de l'écologie, ne peut que raviver l'intérêt. Lorsque Nicolas Sarkozy déclare ne pas apprécier la déclaration de Chantal Jouano se disant "désespérée, la tentation est grande de faire un rapprochement avec la rumeur qui a précédé ce recadrage. De là à entendre et à lire la réponse présidentielle en fonction de ce contexte... J'écris lire, car les signes universels, visibles sur le visage du chef de l'Etat, interpellent l'observateur attentif. Avez-vous perçu sa différence de battement entre la paupière gauche et droite lorsque le mot "désespérée" est entendu ? Sa moue quand le MEDEF est invoqué comme cause du retrait de la taxe carbone ? Enfin, le basculement du corps à gauche, lorsqu'il s'agit de dire que les propos de la ministre n'ont pas été appréciés ? Dans ma pratique du média training, je mesure chaque jour combien des images de ce type peuvent polluer un discours bien rodé. Reste à éclairer avec rigueur, le téléspectateur sur ce qu'il perçoit, sans forcément toujours bien en comprendre le sens. Olga, cette séquence (pour faire suite à nos échanges à propos d'un précédent post) est pour vous...

 

Rédigé par DMT

Publié dans #Décryptage

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O

Cher Daniel,

Vous me demandez : " pourquoi il adopte un tel comportement. Si la synergologie donne des clefs de lecture sur l'autre, à votre avis, est-ce le responsable politique qui répond à une journaliste ou
l'homme blessé?"

Je ne suis pas en mesure de vous répondre. Mon rôle d'ailleurs n'est pas d'avoir un avis. En tant que synergologue, j'observe et décrypte le langage du corps. J'en déduis des états émotionels.

Pour savoir si c'est l'homme politique qui répond ou l'homme bléssé, il faudrait lui poser la question et observer toute la dynamique de son corps pendant qu'il nous livre sa réponse.

Vous mettez en lumière sur une chose importante : tout l'art de savoir poser les bonnes questions lors d'une interview d'homme politique.

Un journaliste formé à la lecture de la gestuelle sera à même de poser les bonnes questions au bon moment.

Dans la vidéo qui nous interesse, bien évidemment nous avons envie d'y voir un signe de la vie personnelle de notre Président, mais la réalité synergologique est objective. Il n'y en a pas sur
cette vidéo, peut être que nous aurons l' occasion d'en voir sur d'autres de ces prestations...

J'espère avoir répondu à vos questions Daniel.

Olga


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D


Une fois de plus, je vous remercie Olga pour votre éclairage. Néanmoins, pour revenir à la séquence 00.13, je trouve que notre président a, l'espace de quelques instants (moins d'une seconde), le
visage défait. Et son basculement du corps à gauche, me confirme dans mon impression qu'il est touché affectivement par la question de la journaliste. Mais je suis bien loin de la rigueur
synergologique ;+) Par contre, je suis OK avec vous ; plus les journalistes et réalisateurs seront sensibilisés au non verbal, plus ils poseront les bonnes questions et donneront à voir les
bonnes images.



D

Bonjour Olga, Merci d'avoir joué le jeu du décryptage. Je suis frappé par le côté factuel de votre analyse. Cela change des approches de Joseph Messinger. Néanmoins, vous semblez ne pas prendre en
compte les éléments de contexte. Vous concluez en écrivant que sur cette vidéo les émotions sont comme « bloquées », « tenues bien solidement ». Connaissant Nicolas Sarkozy, il n'est pas homme à se
cramponner au pupitre par hasard. La question est donc bien de savoir pourquoi il adopte un tel comportement. Si la synergologie donne des clefs de lecture sur l'autre, à votre avis, est-ce le
responsable politique qui répond à une journaliste ou l'homme blessé?


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O

Cher Daniel, voici mon éclairage, en tant que synergologue, concernant la communication non verbale de Monsieur Sarkozy sur cette vidéo. Il s’agit d’un extrait très court, cependant nous pouvons
remarquer un langage corporel riche en informations.


ANALYSE VIDÉO
27 avril 2010
Par Olga Ciesco


http://www.direct-mediatraining.info/article-prise-de-parole-dans-les-media-nos-gestes-et-nos-mimiques-parlent-aussi-49326901.html

Colère dès le départ (00:02)
En Synergologie, l’observation d’un seul item n’est pas valide, c’est l’association de plusieurs items qui vont dans le même sens qui permet de valider avec une plus grande fiabilité notre
hypothèse.
Dans le cas présent, Monsieur Sarkozy est en colère, mais nous ne savons pas pour quelles raisons.
Voici les items associés à la colère que nous pouvons remarquer :
• Sourcil en V
• Axe sagittal inférieur
• Extrémités de la bouche descendantes
• Narines dilatées
• Fixe du regard sa cible
• Lèvre inférieure rigide



Clignement des yeux (00:05)
Ce clignement de paupières insistant nous indique qu’il cherche à faire venir ses idées et ses réponses le plus rapidement possible.

D’autre part, une synergologue a réalisé une étude sur les clignements de paupières et a remarqué la chose suivante lorsque le clignement n’était pas symétrique : dans 100% des cas, lorsque c’est
l’œil gauche qui se ferme en premier, il s’agit d’une émotion négative. Ce pourcentage est de 26% lorsque c’est l’œil droit qui se ferme en premier.
Dans cette vidéo, nous pouvons remarquer un clignement dissymétrique avec un œil droit qui se ferme en premier. L’état émotionnel dominant de Monsieur Sarkozy étant la colère, il s’agit
probablement d’une émotion négative qui le traverse à cet instant.


Lèvre inférieure ascendante (00 :09)
La lèvre inférieure est une lèvre pulsionnelle qui bouge seule lorsque nous retenons des propos à l’instant précis. Son quadrant du regard en bas nous indique qu’il revient dans son monde afin de
faire le lien entre les propos de la journaliste, ce qu’il connaît du dossier et sa réponse.
Mouvement du corps (00 :12)
Il « piétine » sur lui-même. Un désir probable de vouloir quitter les lieux immédiatement. Lorsque nous sommes confiants, nous sommes stables, bien ancrés au sol.


« Je n’ai pas apprécié ces propos » (00 :13)
La bouche se ferme immédiatement après sa réponse. Ceci nous indique clairement qu’il ne dira rien d’autre à ce moment précis sur ce sujet. Rien ne sortira de cette bouche « fermée à double tour
».
Il termine avec une émotion travestie, car il fait un faux sourire.
Les « vrais » sourires se distinguent par l’association de trois items :
• Des fentes palpébrales inférieures (le dessous de l’œil) ascendantes
• Une bouche ouverte
• Un regard direct


Corps qui se projette vers l’arrière gauche (00 :14)
Le corps qui se projette vers l’arrière gauche nous indique la fuite dans la communication. Ce qui est cohérent avec les remarques précédentes.


Fuite du regard (00 :15)
Il détourne son regard de la journaliste pour lui exprimer clairement que la conversation est terminée.


Propos rationnels (00 :18)
Monsieur Sarkozy utilise seulement sa main droite qui est en lien avec son hémisphère gauche, (l’hémisphère « rationnel ») et contrôle ses propos.

Lorsque nous sommes en communication, nous avons deux options : être « sous contrôle » ou être « sans contrôle ».
Quand nous nous sentons en lien avec notre interlocuteur et que nous optons pour une communication plus fluide et sincère, c’est la main gauche qui va être la plus mobile.
Quand nous optons pour une communication contrôlée, (souvent lors d’un discours publique, face à des journalistes), nous avons notre main droite qui s’active. C’est ce que nous remarquons dans
cette vidéo.

Dans cette vidéo nous remarquons que les émotions sont comme « bloquées », « tenues bien solidement », la main gauche tenant fermement le pupitre.


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